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Michel Jantzen, architecte des bâtiments historiques, un coup de cœur pour le palais Conti

L’HOTEL DE LA MONNAIE

Si le quai de Conti n’était aujourd’hui une voie rapide, les curieux d’architecture s’attarderaient plus aisément devant cette sobre et belle façade qui contraste fortement avec l’ample courbure de l’institut voisin.

L’hôtel de la Monnaie est une œuvre du siècle des Lumières, une œuvre simple et forte de la pensée néo-classique inspirée par le retour à l’antique, la raison, les connaissances mathématiques. L’organisation des lieux, la structure reflètent la puissance des actions qui s’attachent au monnayage : domination de la matière par la frappe, création d’œuvre d’art et du trésor de la nation.

Le vestibule ponctué de deux rangs de colonnes, donne accès au palais par l’escalier monumental. Il est aussi l’arc solennel qui s’ouvre sur l’hémicycle de la cour d’honneur dont les courbes conduisent visuellement à ce qui fut (avant de devenir le musée) l’atelier des frappes. La situation de cet atelier sur l’axe principal, au centre de la composition, souligne l’évolution des idées du dix-huitième siècle finissant : un siècle plus tôt, c’eût été la chapelle qui aurait occupé cet espace, le dessin du plan affirme ainsi la prépondérance du programme et sacralise le travail qui produit la richesse.

Il faut admirer le voûtement de la galerie qui borde la cour, donnant accès aux éléments principaux de l’institution et la position rigoureuse de l’axe transversal qui conduit aux cours de la méridienne et des remises ouvrant sur les accès secondaires vers l’impasse Conti à l’Ouest et la rue Guénégaud à l’Est.

Autour de ces deux axes se développent d’autres ateliers voués au traitement du métal. Dans le plan d’origine, plusieurs cours secondaires aéraient l’ensemble et rythmaient les fonctions. L’âge industriel a conduit à les couvrir de verrières. L’ensemble fragmenté est devenu une usine continue avec ses ateliers communicants, sa fonderie, ses fours, ses presses ses bruits et ses odeurs, labyrinthe de machines dans lequel on découvre avec émotion les traces du grand monument royal. Son adaptation au travail et aux techniques contemporaines n’en a cependant pas trahi l’esprit ni altéré sa valeur architecturale et c’est sans attitude passéiste qu’il faut en envisager l’avenir.

Le grand classique est coupé au Sud par une diagonale sur laquelle est posé l’Hôtel Laverdy et ce qui fut son jardin. Charmante demeure aristocratique, survivance d’un état antérieur aujourd’hui perdue au milieu des ferrailles qui encombrent sa cour. Pour cet endroit, on rêve d’un retour à un état plus digne. Sa position témoigne en outre de l’histoire de Paris : cette organisation diagonale par rapport au grand axe de l’hôtel de la Monnaie est due à la présence de l’enceinte de Philippe-Auguste qui au XIIIème siècle ceintura Paris et qui structure encore le plan de ce quartier. En ces temps anciens le site où fut plus tard bâtie la Monnaie était dans les murs, l’enceinte aboutissait sur la rive gauche à la tour de Nesle à l’emplacement actuel du pavillon Est de l’Institut. Au-delà étaient les prés qui entouraient l’abbaye de St Germain.

Michel JANTZEN
Architecte en Chef – Inspecteur Général des Monuments Historiques

Pierre-Antoine DEMACHY (1723-1807)
Vue de l’Hôtel de la Monnaie de Paris


Vue prise du Pont-Neuf avec à gauche la Monnaie, une partie de l’Institut , au centre le Pont Royal et à droite Les Galeries du bord de l’eau. Cadre d’époque. Toile: 0,33x0,51cm

 

CONDORCET
Dessin par Augustin de Saint-Aubin (1736-1807)


Portrait de Condorcet (1743-1794) qui fut Gouverneur général des Monnaie médaillon ovale. Le dessin a été exécuté d’après le portrait créé par Jean-Baptiste Lemort en 1787. Il en existe plusieurs versions dont celle-ci datée de 1795. Dessin : 16,5x10,2cm.

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